La déforestation : une cause majeure de la destruction de la planète

Les milliers d’incendies qui ravagent actuellement l’Amazonie et l’Australie rappellent la situation difficile que vivent les massifs forestiers aux quatre coins de la planète. Chaque année, 13 millions d’hectares de forêts disparaissent à travers le monde, soit quatre fois la Belgique. Si l’agriculture intensive, l’urbanisation et le commerce du bois en sont les facteurs principaux, d’autres causes sont à explorer. Le Figaro a enquêté sur ce phénomène en nette progression, risquant d’avoir des conséquences irréversibles. 

Quarante terrains de football. C’est la superficie que les forêts perdent chaque minute à travers le monde. Cette perte nette représente plus de 13 millions d’hectares par an, selon la FAO (l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture).

Un chiffre vertigineux. Surtout si on le compare aux ressources forestières qu’abrite la Terre. Au total, quatre milliards d’hectares sont aujourd’hui occupés par des massifs forestiers (voir cartes ci-dessous). Si les forêts boréales et tempérées ont légèrement progressé ces dernières années, notamment en Chine et en Occident, les zones tropicales – qui représentent 1,6 milliard d’hectares – régressent à un rythme soutenu depuis une cinquantaine d’années. Ces massifs sont les plus riches, les plus fragiles et, donc, les plus menacés. Au rythme actuel, les forêts tropicales devraient disparaître, selon les projections, d’ici 50 à 70 ans.

La Forêt Amazonienne

Perte de la fôret Amazonienne d'ici 2050
70%
0 km²
de forêts détruit

Les principales causes de déforestation sont :

– L’agriculture (soja)

– Elevage

– Construction de barrages hydroélectriques et d’infrastructures routières

– Industrie minière

– Feux de forêt

– Trafic de bois

La déforestation entraîne à son tour des feux de forêts qui ont progressé de plus de 80% dans certains États amazoniens comme le Mato Grosso (centre-ouest) depuis le début de l’année par rapport à l’ensemble de 2018. L’Amazonie abrite de nombreuses ressources: or, cuivre, tantale, minerai de fer, nickel et manganèse.

Sur le terrain, les intérêts économiques grandissants de ces firmes se confrontent rapidement aux défenseurs de l’environnement et aux peuples indigènes qui voient leur territoire fondre à un rythme effréné. « Au Brésil comme ailleurs, il y a des comportements mafieux à l’œuvre en rapport avec la déforestation ».

La situation n’est pas près de s’améliorer au Brésil. Élu le 1er janvier 2019, le président climatosceptique d’extrême droite Jair Bolsonaro n’a jamais caché ses intentions de rendre l’Amazonie « rentable ». Affichant un déni du changement climatique, il se prononce pour le retrait du Brésil de l’Accord de Paris sur le climat et pour la fusion du ministère de l’Environnement brésilien.

Il renonce finalement à cette fusion lors de la formation de son gouvernement. Il veut aussi construire une autoroute traversant la forêt amazonienne. Il entend répondre au lobby agroalimentaire en ouvrant de nouveaux droits à la culture du soja et à l’élevage.

De plus, en ouvrant les territoires des communautés indigènes aux entreprises minières. Il dit vouloir interdire des ONG écologistes. En 2019, en réaction aux prises de positions de Bolsonaro, les deux plus gros contributeurs aux Fonds Amazonie, la Norvège et l’Allemagne, suspendent leurs subventions à ce fonds notamment destiné à étudier et préserver la forêt.

La Forêt Indonésienne

Troisième forêt tropicale au monde par sa superficie, la forêt tropicale d’Asie du Sud-Est est encore plus menacée que sa voisine d’Amérique du Sud. En Indonésie, notamment, des incendies d’origine criminelle détruisent chaque année des milliers d’arbres sur les îles de Sumatra et Bornéo, les plus impactées. Avec cela, au profit des industries de l’huile de palme, du caoutchouc, de la pâte à papier ou du commerce du bois.

Le procédé utilisé par les multinationales est – presque – toujours le même. Ils se servent de la méthode du brûlis après avoir abattu les arbres.
Depuis une quinzaine d’années, les industriels plantent alors des palmiers à huile ou des caoutchoutiers pour améliorer le rendement. Le bois coupé, lui, est vendu à bon prix pour en faire du bois de charbon, de la pâte à papier ou pour être exporté vers l’Occident. Cette exploitation forestière permet à l’industriel de financer la plantation de la nouvelle palmeraie. 

Seulement, cette méthode, pratiquée à l’échelle industrielle, a ses limites. En 2015, deux millions d’hectares sont ainsi partis en fumée, principalement sur Kalimantan, la partie indonésienne de l’île de Bornéo, et Sumatra. Ce feu de forêt gigantesque a dégagé dans l’atmosphère 1,6 millions de tonnes de CO2, soit plus que ce qu’émet le Japon en une année… Et les industriels s’inquiètent, de même que les autorités, de voir les ressources naturelles à abattre s’amoindrir sur l’archipel.

Aujourd’hui, environ 85 % de la production mondiale d’huile de palme provient des plantations indonésiennes et malaisiennes. L’huile de palme sert dans trois secteurs : alimentaire (80 %), cosmétologique (19 %) et énergétique (1 %). Elle se trouve dans les aliments transformés de l’agro-alimentation qui remplissent les rayons de nos supermarchés. Prenons exemple des chips, pâtes à tartiner, lait pour bébé, céréales, chocolat, etc.

Néanmoins, en Europe, l’huile de palme est également utilisé dans nos voitures. En 2015, les véhicules roulant au diesel ont consommé 3,35 millions de tonnes d’huile de palme, soit 46%. Seulement, le «biodiesel», bien plus polluant que l’essence, n’est pas une énergie renouvelable. Alors, elle représente une catastrophe pour les forêts tropicales et les émissions de gaz à effet de serre.

0 km²
de forêts détruits
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pays victime de déforestation devant le Brésil

La Forêt de l'Afrique centrale

Destruction de la forêt
6%
0
de personnes auront besoin de la forêt en RDC d'ici 2050

Au-delà de l’Asie du Sud-Est et l’Amazonie, l’Afrique centrale, et plus précisément le bassin du Congo, est menacée par la dégradation de ses forêts et la déforestation. Cette région est le deuxième massif forestier tropical au monde derrière l’Amazonie, avec plus de deux millions de kilomètres carrés. Concrètement, il est partagé entre six pays : le Cameroun, la Centrafrique, la République du Congo, la République démocratique du Congo (RDC), le Gabon et la Guinée équatoriale.

La tropicale d’Afrique centrale est elle est également victime du trafic informel du bois et de la croissance démographique. Selon la Banque mondiale, la population du bassin du Congo devrait doubler entre 2000 et 2030. Dès lors 170 millions de personnes auront besoin de nourriture, d’énergie, d’un logement et d’un emploi dans la région. En outre, les pays de cette région sont susceptibles d’entrer dans un nouveau cycle de développement avec davantage d’exposition au marché international, avec des facteurs économiques mondiaux qui apportent plus d’investissements au bassin du Congo. L’empiètement de l’agriculture de subsistance sur la forêt deviendrait alors inéluctable, l’utilisation du charbon de bois qui concerne déjà 7 foyers sur 10 serait en progression constante, et le marché du bois, qui croît déjà chaque année, connaîtrait une croissance exponentielle.

Le deuxième massif forestier du monde était jusque-là protégé par rapport à ses voisins indonésiens et brésiliens. Mais la donne a changé depuis une quinzaine d’années. On estime qu’à l’heure actuelle, près de 30% de la forêt du bassin du Congo (soit la superficie de la France) sont livrés à l’exploitation du bois. Cette déforestation – ou dégradation de la forêt selon les endroits – se traduit notamment par la création de routes à travers la forêt permettant d’accéder à des zones jusque-là cachées. En moyenne, ces voies de communication représentent près de 40% de la longueur totale de toutes les voies de circulation dans cette région, et même 60% au Gabon et au Congo-Brazzaville, selon une étude du centre américain Wood Hole Research. Les chercheurs estiment que la construction de ces routes est passée de 156 km par an entre 1976 et 1990 à 660 km par an depuis 2000 au Congo-Brazzaville ; et de 336 km par an entre 1986 et 1990 à 456 km par an entre 2000 et 2002 en RDC. Ces voies d’accès représentent autant de portes d’entrée pour les industriels, les braconniers et les contrebandiers. Mais elles permettent aussi aux populations locales de se développer et de se rendre dans des hôpitaux ou, tout simplement, de gagner de quoi vivre.

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